Salaires des cadres
Quand rémunération rime avec individualisation
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L'analyse des rémunérations des cadres est l'occasion de pointer les politiques salariales développées dans les entreprises.
Si l'on observe ces derniers temps les caractéristiques et l'évolution des modes de rémunération en France, on constate que l'individualisation continue de gagner du terrain par rapport aux augmentations collectives.
La progression de l'individualisation des salaires s'est ainsi accélérée depuis 1995, et a franchi un nouveau palier à partir de 1998. Elle concerne désormais 71% des décisions. Le retrait progressif et constant des mesures collectives d'augmentation est significatif. Selon l'APEC elles ne représentent plus que 18%. Alors que la part variable du salaire ne cesse de gagner du terrain, 74% des cadres ont aujourd'hui un ou plusieurs éléments variables dans leur rémunération. Cette pratique très anglo-saxonne qui s'est imposée sous la double poussée des actionnaires et des marchés hyperconcurrentiels rend plus opaques et incertaines les perspectives de salaires des cadres.
Les augmentations individuelles du salaire fixe deviennent alors de moins en moins importantes installant de plus en plus de précarité.
Le principe de l'individualisationCette politique de rémunération où chacun opte pour son propre mix adapté à ses besoins, ses anticipations, son âge, ses intentions en matière de retraite comme celle de l'hétérogénéité des modes d'augmentation des salaires apparaît dès lors comme un outil de fléxibilisation. Sous couvert de vouloir développer des outils de fidélisation ou de satisfaction, la stratégie d'individualisation que les employeurs adaptent à l'objectif de création de valeur affichée par l'entreprise vise tout bonnement à placer les cadres salariés en situation de mercenaires stressés s'ils veulent percevoir une rémunération maximale indéterminée. Dès lors, en cas de retournement de la conjoncture, les risques de l'employeur sont transférés vers le salarié qui se trouvent pieds et mains liés par un système qui rémunère les résultats au détriment du travail, de la qualification et de l'expertise professionnelle engagée.
L'individualisation est discriminante Dans ce contexte l'appréciation du salarié est limitée à la seule appréciation de la performance elle même définie comme l'unique variable de l'amélioration des résultats. Or, le résultat n'est qu'une facette des objectifs. L'instituer comme le déterminant essentiel de la rémunération contribue à faire fi des définitions négociées, des moyens et des ressources, des délais. Sans compter que les critères restent trop souvent obscurs et l'attribution assez inégalitaire accroissant au passage les frustrations des cadres. C'est la raison pour laquelle les cadres placent la rémunération comme l'une de leurs principales préoccupations. Tout en remettant en cause le droit exclusif que s'octroient les employeurs en matière de politique salariale, ils souhaitent que leur rémunération soit le reflet réel de leur niveau d'expertise et de celui de leur qualification.
Pour FO-Cadres la politique d'individualisation est génératrice d'effets pervers, d'inégalités. Seules, de véritables négociations de garanties collectives définissant le champ et les modalités de la politique salariale y compris l'individualisation sont en mesure de réduire les disparités salariales et de renforcer le rôle et place de l'encadrement dans l'entreprise.
Eric PERES Secrétaire général FO-Cadres