Responsabilité sociale : Entreprises cherchent bonne conduite
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Depuis quelques temps, la responsabilité sociale des entreprise est devenue un véritable slogan, un label à la mode. Cette notion, liée à l'application, aux entreprises, du concept de développement durable-soit dit en passant qui oserait à part quelques illuminés parler de développement éphémère-repose sur trois piliers (économique, social et environnemental) et s'inscrit dans le cadre de la récente loi sur les nouvelles régulations économique ( NRE ). La RSE (CSR, Corporate Social Responsability selon le vocable international) signifie alors qu'une entreprise doit non seulement se soucier de sa rentabilité et de sa croissance, mais aussi de ses impacts environnementaux et sociaux. Du coup chacun se découvre une « âme » sociale et environnementale. Les entreprises redoublent alors d'efforts pour apparaître comme "socialement et environnementalement correctes". En clair, elles doivent désormais être écologistes, citoyennes, éthiques, intègres et transparentes...rien que cela !
Le problème, c'est que les nombreux projets initiés sont en fait de simples opérations de communication. C'est compréhensible, le développement durable est compliqué à mettre en place et coûteux : il faut engager de lourdes dépenses en recherche, revoir les grilles de salaires, harmoniser les pratiques sociales, enquêter sur la provenance des matériaux ou des matières premières, sur les conditions de travail pratiquées par les fournisseurs, etc.
Résultat: des discours à la réalité, il y a un gouffre ! Différents rapports notent d'ores et déjà que si les entreprises fournissent moult détails sur leurs salariés français, elles restent plus discrètes sur leurs effectifs internationaux. On s'aperçoit également que seule une minorité de cadres déclare intégrer des critères sociaux et environnementaux dans le choix de ses fournisseurs.
En réalité cette démarche dite « éthique » s'apparente plus à une démarche de type « marketing », histoire de rassurer les investisseurs comme les consommateurs, que d'une démarche de « responsabilité ». La notion de responsabilité sociale a comme objectif prioritaire de conduire les entreprises à être plus attentive aux préoccupations de ses parties prenantes ("stakeholders"). En clair, après les salariés, il est de bon ton de se soucier des actionnaires, des clients, des fournisseurs avec en surplomb le concept indéterminable de la société civile.
Résultat, elles adoptent toutes des chartes éthiques, passent des accords avec des ONG et produisent des tonnes de documents sur le sujet. D'autres vont jusqu'à se battre également pour apparaître en tête dans les différents classements réalisés par les agences de notation. Or on est en droit de s'interroger sur l'objectivité de ces notations-dont le coût varie en moyenne de 80 à 120 000 euros pour des missions de 6 semaines-lorsque les dites agences sont à la fois juge et partie.
Le cas de Vigéo, société de notation que dirige Nicole Notat, ancienne responsable de la CFDT, est à ce titre exemplaire. Son capital est détenu en grande partie par les sociétés qui font appel à ses services pour obtenir une notation. Bref, de quoi alimenter bien des débats sur leur capacités réelles à pouvoir juger en toute indépendance les dites entreprises.
Mais au fond de quoi s'agit-il ? Il n'aura échappé à personne que cette stratégie se développe dans une période de crises financières et de fortes inquiétudes au regard d'une économie de marché qui apparaît de plus en plus comme destructrice de droits ( pratiques anti-sociales ) et inhumaines sans régulations.
Les exemples ne manquent pas de grands groupes économiques et financiers multinationaux ( Enron, Worlcom, Vivendi, Parmalat, Adecco... ) qui ont plutôt démontré leur irresponsabilité que leur responsabilité. Dans ce cas doit-on parler d'une démarche de moralisation de la vie économique où la dimension humaine serait subitement considérée comme essentielle, reléguant l'économique à la fonction sociale où bien sommes nous face à une démarche marketing dont la finalité est de renforcer le positionnement des acteurs économique sur un marché hyper concurrentiel ? Dans tous les cas, il convient de rester lucide et vigilant ! Dans une économie de marché libre et de concurrence pure et parfaite - pour reprendre le jargon des économistes néo-classiques - , le but de l'entreprise est de maximiser ses profits et notamment ceux de ses actionnaires. Face à cela l'édiction de chartes de bonnes conduites ne pèsent pas lourd. Dès lors la responsabilité sociale des entreprises consiste à ce que ces dernières définissent elles-mêmes, unilatéralement des politiques sociales et environnementales en privilégiant des instruments autres que les conventions collectives ou la législation et en faisant appel à des acteurs multiples. Ces dispositions favorisent du même coup l'émergence d'un marché privé du contrôle remettant directement en cause la pratique contractuelle et le rôle régulateur et arbitral de l'Etat et des pouvoirs publics.
Face à cette stratégie de la responsabilité sociale il convient de réaffirmer l'opposition totale à toute régulation unilatérale des entreprises. L'une des priorités serait alors que toutes les entreprises internationales signent avec les organisations syndicales des accords afin de mettre en ouvre au minimum les 8 conventions de l' Organisation Internationale du Travail ( OIT ) composant les droits fondamentaux.
Enfin, si réflexion il doit y avoir, elle doit s'engager pour que cette démarche soit ou encadrée par la législation ou fasse l'objet d'accords contractuels collectifs avec les organisations syndicales. Ces accords contractuels, applicables dans tous les lieux de travail, doivent être assortis de mécanismes paritaires de contrôle et de suivi. Reste que constituer des contre-pouvoirs dans les entreprises est l'action prioritaire du mouvement syndical.
Eric PERESSecrétaire général-adjoint FO-Cadres