Emploi des cadres : Garder l'essentiel et guetter le futur
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Dans le prolongement de 2005, l'année 2006 semble plus favorable à l'emploi des cadres. Le nombre de recrutement devrait se maintenir à un niveau élevé selon les derniers chiffres de l'Apec. Les intentions d'embauches concerneraient 48% des entreprises du secteur privé contre 38% au premier trimestre. Le nombre de recrutement de cadres devrait se maintenir à un niveau élevé compris entre 168 000 et 175 000 soit une progression de 4% par rapport à 2005.
Si l'optimisme est de mise, il convient toutefois de rester prudent car au delà de ces déclarations d'intentions, le marché de l'emploi cadre connaît des difficultés. En effet la situation des jeunes diplômés demeure préoccupante. Seul un jeune sur deux trouve un premier emploi stable un an après l'obtention du diplôme. Soucieuses de rationaliser leur coût, les entreprises finissent par considérer l'emploi des jeunes comme une opération plus risquée. A l'autre extrémité la situation des cadres seniors est tout aussi préoccupante. Le recrutement des plus de 50 ans représente seulement moins de 5% des recrutements. Et là visiblement les mentalités au sein des entreprises ne semblent guère évoluer.
Parmi les cadres inscrits à l'Apec entre le 1er et le 31 octobre 2004 pour y poursuivre un Plan d'Action Personnalisé (PAP), 54% ont retrouvé une activité professionnelle dans les 12 mois. De 76% pour les moins de 30 ans, le taux passe à 54% pour les 30-44 ans, 44% pour les 45-54 ans et 23% pour les plus de 55 ans. Parmi les cadres de 45 à 49 ans en activité, 54 % sont un poste en CDI cadre ou non cadre contre 27 % pour les 50 à 54 ans.
Alors que faire ? Que faire pour améliorer l'emploi des ces populations alors que dans le même temps entre les départs massifs des baby-boomers et l'accroissement de l'expertise dans l'économie, ce n'est pas moins d'un million et demi de cadres qui risque de manquer à l'appel d'ici 2010.
Consciente de ces difficultés, l'UCI-FO a contribué au sein de l'Apec, à ce que des efforts supplémentaires soient engagés pour améliorer le service rendu aux cadres demandeurs d'emploi et accélérer ainsi la reprise sécurisée de leur activité professionnelle. Cette préoccupation fut au cour de la démarche de l'Apec et de l'ANPE dans le dispositif expérimental « Etap'Carrières ». Ce dernier entendait démontrer qu'en mobilisant ensemble leurs compétences, ces deux organismes étaient en mesure d'améliorer sensiblement le taux de retour à l'emploi des cadres de plus de 45 ans et ce tout en se démarquant des cabinets privés et de leur logique marchande de placement. A côté de cela, les services de l'Apec doivent permettre à chaque cadre en activité de bénéficier de moyens, de méthodes et d'outils ainsi que de prestations de conseil individuel et collectif pour s'informer, s'orienter et se former. Concernant les jeunes diplômés, les efforts doivent être orientés vers des actions susceptibles de leur permettre de bénéficier le plus en amont possible des informations concernant les réalités du marché de l'emploi et être ainsi en mesure de mieux préparer leur projet professionnel. Sur ce point l'UCI-FO continue d'agir pour que les jeunes diplômés continuent de bénéficier des services de l'Apec en privilégiant deux axes: le développement de la fréquentation des centres Apec répartis sur le territoire et un accès à un site internet Apec dédié. Il s'agit maintenant de permettre un accompagnement plus complet à destination des jeunes diplômés qui rencontrent des difficultés plus grandes d'insertion.
Pour conclure rappelons si besoin était qu'en l'absence d'une réelle réflexion de fond sur les conditions d'une relance d'une croissance économique, les débats et réflexions sur la question de l'emploi seront sans effets. Pour que cesse l'insuffisance de création d'emplois, le manque d'investissement dans les secteurs de la recherche et du développement et l'exclusion toujours plus grande d'une partie de la population, il est urgent d'engager une véritable politique de l'emploi plus cohérente et plus constante, articulée autour d'une politique industrielle, du développement d'une économie des services de proximité de qualité, et de l'incitation de chaque salarié à s'installer dans une posture « de l'apprenance permanente » autour d'une formation professionnelle plus lisible et plus accessible. Cela suppose d'utiliser tous les leviers des finances publiques pour que dans une perspective de relance à la fois au plan national mais aussi au niveau européen, la question de l'emploi ne se résume plus à des bricolages d'apprentis sorciers, à l'extension de contrats précaires et à la réduction progressive des droits des salariés. Ce qui suppose à nouveau que l'on mette fin à l'appauvrissement des recettes de l'Etat et que les différentes politiques de baisses des charges sociales au bénéfice des entreprises ne se fassent plus sans contrepartie.
Eric PERESSecrétaire général-adjoint